Legendary Yanou : un parcours entre scène, club et ballroom

Danse

Peux-tu te présenter et nous raconter comment la danse est arrivée dans ta vie ?

Je m’appelle Yanis, j’habite à Paris depuis que je suis tout petit et je suis danseur professionnel. La danse est arrivée un peu au milieu de nul part pour mon entourage car j’ai pas du tout grandis dans un environnement de theater kid mais en vrai j’ai toujours dansé. Quand j’étais petit, je réenregistrais les clips de MTV sur mes VHS pour apprendre les chorées, je faisais des spectacles pour mes peluches et ce que j’aimais le plus à Disney était les spectacles! J’ai juste jamais vraiment tilté que ça pouvait aussi être pour moi car j’étais trop timide pour me lancer. J’étais à l'université de lettres et voulais devenir journaliste d’investigation et j’ai commencé à prendre mes premiers cours de danse dans des studios le soir. Passé quelques mois j’ai tilté qu’il fallait que je m’y plonge au maximum si je voulais bien le faire donc j’ai arrêté l’université, fait une audition pour une formation très réputée et c’est comme ça que tout a commencé pour moi.

Tu es danseur de Vogue Old Way. Comment as-tu découvert cette discipline, et qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y consacrer ?

À la base je connaissais le Voguing car ça avait été popularisé par une émission télé (MTV’s ABDC) quand j’étais au lycée, ensuite l’ère de YouTube a pris la relève. Je trouvais ça cool mais je ne savais pas vraiment la différence entre les différents styles et comprenais pas trop ce que je voyais car j’étais pas du tout familier avec la Ballroom culture, je regardais ça superficiellement d’un point de vue de danseur. C’est quand je suis tombé amoureux de la House dance et de la culture de club que je m’y suis penché un peu plus. À l’époque la scène était trop petite et underground pour que je puisse accéder à un événement et il y en avait vraiment très très peu. J’ai connecté avec certains membres de la communauté en club sur un hasard en 2012, à l’époque il y avait beaucoup de manifestations à travers la France contre le mariage Gay. J’avais très envie de me retrouver dans un espace LGBT avec des gens comme moi et la danse était un point d’ancrage. Quand je suis allé à un Ball pour la première fois, je me suis senti très à l’aise et j’ai eu un crush sur la catégorie Old way. J’ai trouvé ça si beau et élégant mais aussi tellement puissant. Je me voyais tout de suite participer à la catégorie et du coup j’ai walk l’événement suivant. À l’époque personne n'enseignait ce style du coup j’ai un peu blablater avec ce que je voyais sur YouTube et ce que je savais moi même faire avec mon background de danseur. Il m’a fallu un an avant d’avoir un vrai cours!

Yanou à La Mona

Tu as une formation pluridisciplinaire, notamment à la Juste Debout School. En quoi cette diversité d’influences a-t-elle nourri ton Voguing?

Ça m’a nourri de tellement de choses! Dans mon Voguing il y a du pop, du sol, du groove,.. Si tu remarques je réutilise beaucoup de steps de New Jack swing (appelé “Hype” en France) que je revisite plus élégamment avec ma sauce. J’ai un vogue très référentiel, voir même nerd, il y a des références à des animés ou films et c’est grâce à la branche de l’animation en Popping que j’ai pu trouver ma manière de le faire. Mon sol, je le dois à Bboy Laos, c’était notre prof de Break mais durant mes temps libres je le voyais à part et il m’a fait comprendre comment je pouvais lier le tout. J’avais peur du sol au début mais au final c’est devenu mon élément préféré. Pour moi le plus important était d’être unique et qu’on puisse me reconnaître même avec un masque sur la tête. J’ai toujours été comme ça mais la richesse de mon individualité par la danse est un principe qui m’a été énormément encouragé par cette formation. Je n’aurais absolument pas la même danse sans y avoir rencontré ces profs et appris tous ces styles, c’était tous des pionniers dans leur disciplines donc aujourd’hui quand j’enseigne je pense à eux et essaye de reprendre le meilleur de chacun. Et encore aujourd’hui je navigue entre les deux cultures qui se complètent naturellement avec mon travail en compagnies.

À une époque, les vogueurs allaient beaucoup en club, pas uniquement dans les balls. Comment expliques-tu qu’aujourd’hui le Voguing semble davantage cantonné aux balls ?

Je pense pas que les vogueurs vont moins en club qu’avant mais je pense que ces clubs en question ne sont plus nécessairement les mêmes car l’offre a changé mais les espaces aussi. À Paris si tu vas à la BBB tu vas obligatoirement croiser des gens de la scène, peu importe la période de l’année. Moi je vais à cette soirée vraiment très rarement car je préfère clubber sur de la House ou la Techno par exemple mais même là j’y croise quand même des gens de la scène. Probablement moins qu’à l’époque du Sound factory mais c’est probablement une conséquence naturelle du fait que les clubs ne sont plus autant des espaces contestataires, créatifs et libres comme auparavant. Aujourd’hui même les fachos ou droitardés d’école de commerce vont en boîte écouter de la techno, c’est vraiment incohérent quand tu connais l’histoire ou les (vraies) valeurs de la Club culture. La seule chose qui n’a pas l’air d’avoir changé est son côté fédérateur donc il semble que chacun va là où il se sent le plus à l’aise.

Tu as longtemps été membre de la House of Ninja, et aujourd’hui tu ne fais plus partie d’une House spécifique (007). Est-ce que cela a changé ta place ou ton implication dans la ballroom scene ?

Alors oui mais mon implication dans la scène avait déjà pas mal évolué bien avant de quitter la House of Ninja. J’ai passé le cap des 30 ans et suis danseur professionnel, je peux plus me permettre de faire des battles pendant mes moments de pause comme à une époque. Particulièrement après avoir représenté et gagné ma catégorie pendant plus de dix ans autour du monde. À une époque je le faisais sans hésiter, j’avais la gnaque et débordais de stamina mais j’étais jeune et voulais faire mes preuves, maintenant je priorise le repos et pense sur le long terme. Même si mon implication sur le floor est plus la même, je garde quand même un pied dans la scène en m’occupant de la nouvelle génération en donnant cours mais aussi en organisant des trainings ouverts pour faire en sorte que la catégorie continue d’évoluer même si je ne participe plus. On me demande aussi souvent de juger à Paris et à l’étranger, par exemple l’année dernière on m’a aussi invité en Australie, Italie, Croatie et au Mexique donc je pense que ma place est restée la même aux yeux des gens sans nécessairement être reliée à une maison. Ça me touche car en général une personne sans House est très rarement invitée à juger car sont priorisés les leaders pour que les Houses aient de la visibilité sur un panel. Après je pense que la vie de la Ballroom est aussi liée à la vie personnelle et certains de mes meilleurs amis font partie de la scène, je vais en vacances avec, travaille avec, passe du bon temps avec que ce soit faire des dîners, aller au resto, au parc,..  La Ballroom a pris tellement de place dans ma vie depuis toutes ces années que même sans aller à un Ball je me sens toujours relié d’une manière ou d’une autre.

Tu enseignes depuis plusieurs années. Comment se déroule un cours avec toi ? Est-il accessible aux débutant·e·s ? Qu’est-ce que tu cherches à transmettre au-delà de la technique ?

Définitivement accessible aux débutants. Ça peut sembler overwhelming au premier abord mais la majorité de mes élèves ont zéro expérience en danse puis finissent par participer à des balls et maintenant gagnent en France et à l’étranger. D’autres viennent par curiosité car ils adorent danser et font du Waacking, de la House dance ou d’autres styles. Certains veulent travailler leur lignes..

J’enseigne toujours du Arms control en début de cours (lignes, hands,..) puis focus sur différents aspects de la performance en fonction des jours. Des fois ça va être sur les walks, d’autres le posing, des fois le floor ou les spins et puis lie ces exercices afin que les élèves comprennent comment fluidifier la technique dans une performance pour pouvoir freestyler au mieux et naturellement. Je fais très rarement des chorées et en général c’est anecdotique. Je veux que mes élèves apprennent la technique et aient les outils pour pouvoir improviser avec en fonction de leur humeur à eux et pas la mienne.

Quels sont tes trois sons pour un bon cours avec toi ?

Alors je change très souvent ma playlist car je me lasse rapidement. Peut être que si je devais faire un Top 3 je dirais :

  • Queen Latifah - Come into my house 
  • Culoe de song - Aftermath
  • Marlon D - Jesus creates sound (Main mix)


C’est mes grands classiques, mais si tu viens à mon cours tu pourras en avoir d’autres haha