DVDE : DJ, producteur et fondateur du label House of Underground

Club Culture

Organisateur, DJ, label manager et producteur, DVDE fait partie de cette génération d’artistes qui vivent la musique électronique comme une culture totale. Entre énergie club, passion du vinyle et esthétique acid.

Peux-tu nous parler de ta jeunesse et de tes premiers amours musicaux ? Plus spécifiquement, à quel moment as-tu commencé à t’intéresser à la House music ? Y a-t-il eu un déclic particulier ?

Aussi loin que je me souvienne, la musique a toujours fait partie de ma vie. Tout a commencé très tôt grâce à ma mère, qui m’a inscrit au conservatoire quand j’avais à peine six ans. Elle avait toujours rêvé de faire du piano, mais ma grand-mère n’avait jamais voulu l’y inscrire. D’une certaine manière, elle a voulu me donner cette chance qu’elle n’avait pas eue.

À partir de ce moment-là, la musique ne m’a plus quitté. J’ai fais pas mal d'instruments, principalement de la batterie et de la guitare. Quand j’étais enfant, à l’époque des baladeur CD et MP3, je collectionnais les compilations Skyrock et j’écoutais beaucoup de hip-hop et de rap français. Puis, au collège et au lycée, j’ai traversé une énorme période rock. Ça correspondait exactement à mes débuts dans le skate, une passion qui ne m’a d’ailleurs jamais quitté puisque j’en fais toujours aujourd’hui. 

Après le lycée, j’ai découvert l’univers des clubs, des festivals et de la musique électronique. C’était quelque chose de totalement nouveau pour moi. Autour de moi, personne n’écoutait cette musique ni ne fréquentait ce genre d’endroits. Avant mes 17 ans, je n’y avais pratiquement jamais été confronté. Je suis tombé amoureux de la musique électronique presque instantanément, de manière très forte et très intense. Au départ, c’était plutôt par la techno, pas forcément la plus raffinée, puis, petit à petit, ce chemin m’a amené vers la House music.

Aujourd’hui, dans mes sets, je joue beaucoup de choses différentes, mais la House a toujours gardé une place centrale dans mon univers musical. Et je pense qu’elle l’aura toute ma vie. Je ne crois pas qu’il y ait eu un seul déclic précis. C’était plutôt une succession de découvertes, de rencontres et d’événements, dans un Paris où le disco, le funk et la musique électronique étaient extrêmement présents.

Tu as commencé à travailler dans la musique en organisant des soirées avec ton projet House Of Underground / Les Mercredis, si je ne me trompe pas. Peux-tu nous parler de cette période ? Quels étaient les premiers clubs où tu as lancé tes événements, et as-tu un souvenir ou une anecdote marquante à partager ?

House of Underground s’est lancé de manière très organique. D’abord dans un premier bar, puis un deuxième, ensuite un premier club, puis un autre. On n’a jamais voulu brûler les étapes ou viser trop tôt/trop vite de très gros événements ou de grands clubs. Tout s’est construit naturellement, progressivement, et surtout autour d’une très belle bande de potes.

En parallèle de House of Underground, j’ai aussi lancé une soirée tous les mercredis au Garage, qui s’appelait Mercredi Soir, qu’on a ensuite successivement organiser au Nf-34 (qui s’appelle FVTVRE maintenant), au cabaret sauvage et à virage ! Un projet  qui existe encore aujourd’hui. Ça fait bientôt dix ans. Le concept était assez simple : proposer aux gens de faire la fête en milieu de semaine sur un format apéro-club, de 18h jusqu’à 5h du matin.

Cette période a été extrêmement importante pour moi, autant en tant qu’artiste que comme organisateur d’événements. C’est aussi une époque qui a énormément façonné mes goûts musicaux et qui m’a permis de plonger complètement dans l’univers du clubbing et de l’événementiel festif.

Les débuts de House of Underground et de Mercredi Soir se sont faits dans des lieux comme le Garage, le Folie’s Pigalle ou encore le Nüba, certains n’existent plus aujourd’hui, mais ce sont vraiment ces endroits qui ont vu naître le projet. J’ai énormément de souvenirs de cette période. Des nuits improbables, des fins de soirées qui devenaient des débuts de journées, des artistes rencontrés, des amitiés construites autour de la musique… C’était une époque très intense, très libre, où tout semblait possible, et je pense que c’est aussi ce qui a donné l’ADN qu’ont encore ces projets aujourd’hui.

As-tu commencé à mixer à ce moment-là ou étais-tu déjà DJ auparavant ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de passer derrière les platines ?

La réponse est assez simple : le jour où je suis allé à mon premier festival et où j’ai vu le pouvoir qu’un DJ pouvait avoir sur une foule, j’ai tout de suite eu envie d’essayer. Pas parce que j’avais envie d’être sur un piédestal et d’être la personne que tout le monde regarde, bien au contraire, mais parce que j’ai immédiatement compris que je voulais transmettre quelque chose à travers la musique. J’avais envie de partager mon amour pour elle à travers mes sélections, de créer des émotions, de guider un dancefloor et de construire une histoire musicale.

« Faire voyager les gens », ça peut paraître un peu prétentieux dit comme ça, mais c’est pourtant exactement ce que je ressens. Je pense qu’un DJ peut faire voyager les gens de plein de façons différentes. Il peut créer des souvenirs, provoquer des émotions, surprendre, faire danser, rassembler. Et moi, très vite, j’ai eu envie de vivre cette connexion-là avec le dancefloor. Ce qui est assez drôle, c’est qu’en réalité, c’est l’envie de mixer qui m’a poussé vers l’organisation d’événements, et non l’inverse. J’ai commencé à organiser des soirées parce que j’avais envie de jouer. House of Underground est né aussi de ça : créer mes propres espaces pour pouvoir m’exprimer musicalement.

À l’époque, il y a maintenant plus de douze ans, c’était très différent. Il y avait déjà les réseaux sociaux, mais il n’existait pas sous leur forme actuelles. Alors qu’aujourd’hui les machines Instagram et tiktok permettent à énormément d’artistes émergents de se montrer facilement. Se produire quand on commençait me paraissait plus compliqué.

House Of Underground a ensuite évolué vers un label de House music, avec notamment des sorties vinyles. Peux-tu nous parler de cette évolution ? Et selon toi, quels sont les principaux défis pour un label aujourd’hui ?

Quand j’ai commencé à mixer, je n’ai pas commencé directement sur vinyle. J’ai d’abord acheté un contrôleur, téléchargé de la musique sur Internet et appris à mixer en digital comme beaucoup de gens de ma génération. Puis, avec le temps, en façonnant mes goûts de DJ et en découvrant toujours plus profondément cet univers, j’ai commencé à acheter mes premiers disques.

À partir de là, je suis complètement tombé dans cet univers : les disquaires, les labels, la culture du disque, Discogs, les only vinyl tracks, le digging, la recherche permanente de musique etc etc… J’ai commencé à collectionner et à développer une relation beaucoup plus profonde avec la musique électronique et l’objet qu’était le disque.

Monter un label est alors devenu une suite logique.

Mais il y a quand même eu un élément déclencheur assez précis. Je crois que c’était en 2019, au Nouveau Casino. On avait invité Boo Williams, qui est pour moi une véritable légende de la House, quelqu’un qui a énormément contribué à construire cette musique et qui fait partie des producteurs pionniers de ce genre. Avec Boo, le courant est tout de suite bien passé. Après la soirée, on est restés en contact. Un jour, un peu spontanément, je lui ai demandé s’il n’avait pas des morceaux à me faire écouter. Et il m’a envoyé beaucoup de musique.

Quand j’ai reçu ces tracks, je les ai presque vécues comme un cadeau tombé du ciel. Pour moi, c’est devenu évident : il fallait sortir un disque. C’est vraiment ce moment-là qui m’a donné le coup de pied nécessaire pour lancer le label.

Aujourd’hui, selon moi, les défis pour un label sont principalement de deux ordres.

Le premier est économique. Produire des disques n’a jamais été le business le plus rentable au monde, et ça l’est encore moins aujourd’hui. Même quand une sortie fonctionne bien, 300 ou 500 copies vendues par exemple, on arrive souvent simplement à l’équilibre. Le digital aide un peu, mais globalement ça reste une activité de passionnés. On ne monte pas un label indépendant pour gagner de l’argent. On le fait avant tout parce qu’on aime profondément la musique.

Le deuxième défi, c’est l’identité.

Aujourd’hui, énormément de musique se ressemble. Beaucoup de morceaux reprennent les mêmes codes, les mêmes recettes, les mêmes tendances. Il y a énormément de sorties, mais relativement peu qui apportent quelque chose de réellement personnel ou marquant. Pour moi, le vrai défi d’un label aujourd’hui, c’est de réussir à proposer une direction artistique forte. Sortir de la musique qui soit à la fois bonne, intéressante, sincère, différente, et qui ait une vraie identité.

House of Underground (label)

Aujourd’hui, tu es également producteur, avec des collaborations aux côtés de DMX Krew, Robert Owens ou San Proper. Comment décrirais-tu ton univers musical ? Et y a-t-il une direction artistique que tu aimerais explorer davantage dans les années à venir ?

Côté production, malgré plusieurs années passées derrière les machines, je me considère encore comme un très jeune producteur. Finalement, quand je regarde mon parcours, j’ai encore une discographie assez jeune : quelques sorties seulement, un remix, une track sur un various… Quand je compare ça à certains producteurs que j’admire depuis toujours, qui ont parfois 80, 100 ou 120 sorties entre leurs EP, albums, remixes et différents projets, j’ai encore énormément de choses à explorer.

Il y a quand même une esthétique qui se dessine assez naturellement : quelque chose de très acid, avec des influences très Chicago. Jusqu’ici, quasiment toutes mes sorties ont cette dimension-là. C’est devenu une partie importante de mon identité musicale, et je pense que le projet DVDE est aujourd’hui assez identifié autour d’une esthétique club, acid, parfois électro, et même légèrement techno sur certains morceaux. Mais je n’ai pas forcément envie de m’enfermer dans une seule direction.

Je produis aussi énormément de House plus inspirée de Detroit, avec des choses plus profondes, plus soulful, mais aussi des morceaux influencés par New York ou Chicago dans des approches plus late 80´s. Ce sont des territoires que j’ai très envie d’explorer davantage dans les années à venir. Je réfléchis même parfois à développer un alias parallèle qui me permettrait d’exprimer une facette plus purement House, tout en gardant DVDE pour quelque chose de plus orienté club et dancefloor.

Parce qu’au fond, j’aime produire beaucoup de choses différentes. Hip-hop, minimal, downtempo… Je suis assez curieux de nature. Et j’aime explorer mes idées. 

Aujourd’hui, mes productions restent très orientées club et dancefloor, probablement parce que mon regard de DJ influence énormément ma manière de faire de la musique. Mais j’ai aussi envie d’aller vers quelque chose de plus lent, plus mélodique, plus émotionnel parfois. Une musique moins pensée pour le peaktime et davantage pour créer des ambiances, raconter des histoires ou laisser plus de place à la musicalité. C’est quelque chose que je commence à explorer, et je pense que ça fera partie des prochaines étapes.

La House music approche aujourd’hui des 40 ans, et pourtant de nombreux DJs continuent à la faire vivre dans leurs sets. À l’inverse, les soirées aux BPM plus rapides occupent de plus en plus de place dans les clubs et sur les line-ups. Selon toi, quel avenir a encore la House music, et comment vois-tu son évolution dans les années à venir ?

Comme le dit très bien Glenn Underground sur cajualavec cei bei : « House music will never die. »

Alors oui, c’est une vision optimiste hahahaha, mais j’y crois! Je pense que tant qu’il y aura des clubs ouverts, des sound systems allumés et des gens  pour danser ensemble, la House music ne disparaîtra jamais. Même si aujourd’hui ce n’est peut-être pas le style le plus dominant dans certains clubs ou certains line-ups, je pense qu’elle continuera d’exister tant qu’il y aura des passionnés pour la défendre avec sincérité.

Dans la musique électronique, et dans la musique en général, tout fonctionne par cycles. C’est même toi Nick qui me l’a si bien appris haha ! Les tendances vont et viennent. Aujourd’hui les BPM sont plus rapides, les esthétiques évoluent, certains sons prennent plus de place que d’autres, mais je pense sincèrement que les BPM finiront par ralentir !

Et surtout, j’espère qu’elle continuera à parler aux nouvelles générations comme elle m’a parlé à moi quand je l’ai découverte. D’ailleurs, je ne suis pas particulièrement pessimiste. On voit déjà la Deep House US en mode delano smith, norm talley, Mr G, Mike Huckaby revenir à fond ! Donc non, je ne pense pas que la House soit en train de disparaître. Au contraire :)

Le format vinyle occupe une place importante dans ton parcours, et tu es aussi un digger passionné. Est-ce que tu pourrais nous partager 2 ou 3 pépites de ta collection que tu pourrais imaginer jouer à La Mona le samedi 30 mai ?