Timothée Milton, 30 ans de house music au service des dancefloors lillois

Acteur discret mais constant de la scène house depuis les années 90, le Dj et producteur Timothée Milton, basé à Lille, construit un parcours fidèle à ses premières influences, entre culture vinyle, clubs belges et productions ancrées dans le dancefloor. De ses débuts à la sortie de Rue 32 sur Mona Musique, il trace une ligne claire, sans détour. À l’occasion de la venue de La Mona pour la soirée Red Code où il est résident, le 30 avril à Lille, il revient sur son parcours et sa vision.

Pour commencer, peux-tu revenir sur tes débuts dans la musique ? Qu’est-ce qui t’a donné envie, et quelles ont été tes premières influences ?
J’ai commencé la musique en 1996, au moment où je découvrais la Chicago house. Ça a été un vrai déclic. Je me suis lancé à fond dans le mix à cette période-là : j’ai acheté mes premiers vinyles, mes premières platines, et j’ai commencé à animer des petites soirées, notamment au collège. À l’époque, on n’était pas nombreux de ma génération à faire ça, donc ça m’a assez vite démarqué. Petit à petit, j’ai construit une discothèque assez conséquente et je me suis naturellement imposé comme DJ. Côté influences, j’étais très marqué par la house, avec des artistes comme DJ Sneak, Masters at Work ou Kerri Chandler. Une esthétique très house et garage, que je joue encore aujourd’hui.
Comment la House music est entrée dans ta vie, et à quel moment es-tu tombé dans le DJing ?
Honnêtement, je ne saurais pas expliquer précisément d’où est venue cette envie. Ça s’est fait presque du jour au lendemain. J’ai surtout ressenti une vraie attirance pour le fait de faire danser les gens, de transmettre de la joie à travers la musique. C’est ça qui m’a guidé dès le départ. Finalement, il n’y a pas eu de grands changements dans ma direction musicale en presque 30 ans. C’est une passion qui est restée intacte.
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Tu es basé à Lille, à la croisée de scènes comme la Belgique, les Pays-Bas ou encore le Royaume-Uni. Est ce ces territoires ont eu une influence sur toi de part leur proximité ?
Oui, forcément, la musique de ces différents pays a eu un vrai impact sur moi. La Belgique, d’abord, parce que j’y ai passé une bonne partie de ma jeunesse. Je traversais régulièrement la frontière pour aller y jouer et mixer. Au début des années 2000, j’ai même eu des résidences dans plusieurs gros clubs belges. À cette époque, c’était un vrai point de passage : beaucoup de Français faisaient le déplacement pour venir écouter de la house de qualité. Ça m’a permis de croiser pas mal de grands artistes et DJs, et de m’imprégner d’une vraie culture club. L’Angleterre a aussi énormément influencé mes goûts et mes choix musicaux. Il y a là-bas une scène très forte, avec beaucoup d’artistes et de labels qui ont marqué mon parcours et que je joue encore aujourd’hui. Au final, cette proximité avec ces scènes européennes se ressent clairement dans mes sélections et dans mon identité musicale.
Comment es tu passé DJing à la production musicale ?
Je me suis intéressé à la production il y a une vingtaine d’années, autour de 2006–2007. Au départ, j’ai rencontré des ingénieurs du son qui m’ont aidé à faire mes premiers pas : comprendre les machines, me familiariser avec les logiciels, et appréhender le travail en studio. Ensuite, je me suis formé progressivement par moi-même. Ça m’a permis de maîtriser différents outils, mais aussi d’intégrer des machines pour apporter un vrai grain à mes productions. Je samplais également beaucoup à partir de mes vinyles, ce qui faisait naturellement le lien avec mon parcours de DJ. Petit à petit, je suis arrivé à la production personnelle. Aujourd’hui, je travaille beaucoup avec des chanteurs et des chanteuses pour intégrer des voix originales. Je collabore aussi avec des musiciens, pianistes, bassistes pour enrichir mes morceaux et leur donner plus de profondeur. Finalement, devenir producteur s’est fait assez naturellement. C’est une évolution logique de mon parcours dans la musique.
Tu as signé plusieurs sorties, dont la toute première release de Mona Musique (il y a 10 ans déjà !). Avec le recul, quels projets ou morceaux t’ont le plus marqué, et pourquoi ?
J’ai eu l’opportunité de signer plusieurs disques, notamment en vinyle, et de participer au lancement du projet Mona Musique avec mon track Rue 32. Ce morceau a marqué un vrai tournant pour moi, puisqu’il s’inscrivait dans les débuts du projet et a accompagné la mise en place des premiers événements. Au-delà de ça, c’est un titre qui a pris une place particulière dans mon parcours. Il a très bien réagi sur le dancefloor, avec une énergie et une efficacité qui correspondent exactement à ce que je recherche quand je produis. Il y a quelque chose de direct, d’authentique, sans compromis. C’est aussi un morceau assez underground dans son approche, et c’est ce qui le rend encore plus fidèle à mon identité artistique. Aujourd’hui, il représente vraiment l’univers que je développe : un son brut, sincère, pensé pour le club, avec une vraie intention derrière chaque production.

Tu es aussi impliqué dans l’organisation d’événements dans le Nord. Aujourd’hui, quels sont les principaux enjeux ou défis pour faire vivre ce type de projets dans ta région ?
Je suis impliqué dans plusieurs projets dans le Nord depuis quelques années. Très vite, je me suis tourné vers l’organisation de soirées, souvent éphémères, avec une direction artistique clairement axée sur la house et une esthétique underground. Aujourd’hui, il y a un vrai enjeu sur la scène locale. La techno a pris une place très importante dans la région, ce qui rend plus difficile la mise en avant d’une house plus sincère et authentique. Mais ça fait partie du jeu, et ça fait aussi longtemps que je défends ce style. Ça fait maintenant près de 30 ans que je m’inscris dans cette démarche, avec l’envie constante de faire vivre cette culture. Même si ce n’est pas toujours évident, on continue de se battre pour proposer des événements cohérents, avec une vraie identité. L’idée, c’est aussi de créer des ponts entre les artistes locaux et internationaux, pour défendre une vision exigeante et fidèle de la house music.

Tu fais partie de l’équipe derrière Red Code, à la fois comme DJ résident et organisateur. Comment est né ce projet, et quelle est son identité aujourd’hui ?
Je fais partie de l’organisation des soirées Red Code, qui existent depuis un an maintenant. Nous sommes plusieurs à porter ce projet, dont certains issus des anciennes soirées KGB, qui avaient marqué les années 2000 dans le Nord. À l’époque, c’étaient des événements éphémères, organisés dans des lieux différents, avec une dimension presque secrète. Avec Red Code, l’idée a été de remettre cette énergie au goût du jour, en la reconnectant à une esthétique house et à une vraie culture du dancefloor. L’objectif était simple : replacer le dancefloor au centre de tout. On veut recréer une ambiance où les gens sont pleinement dans l’instant, en communion avec les DJs, dans une énergie directe et collective. C’est vraiment cette dimension humaine et vibrante qu’on cherche à retrouver et à développer à travers ces soirées.

On est ravis d’être invités pour la prochaine Red Code. Comment tu imagines cette date, et qu’est-ce que le public peut attendre de cette rencontre entre nos deux univers ?
Je suis très heureux que Red Code puisse accueillir aujourd’hui La Mona. C’est un concept qui me tient particulièrement à cœur, et que je souhaitais vraiment faire venir à Lille, car cela n’avait encore jamais été le cas. Cette date se déroulera à Villeneuve-d’Ascq, au Palacium. C’est un événement qui va permettre de mélanger les cultures autour du dancefloor et des danseurs, qui sont au centre du projet. On retrouve cette volonté de replacer le mouvement et l’expression corporelle au cœur de l’expérience, avec la présence de house dancers, ainsi qu’une dance class orchestrée par Odd Sweet. Côté musique, Nick V sera également présent aux platines pour accompagner la soirée. L’esprit Red Code rejoint totalement l’univers musical de La Mona, donc tout est réuni pour créer une rencontre cohérente et, je pense, très positive.
Pour finir, est-ce que tu peux nous partager 3 morceaux qui pourraient donner un aperçu de l’ambiance de ton set le 30 avril ?
H2O “Nobody’s Business”
Todd Edwards “Wishing I Were Home”
Brooklyn Baby “Only You”








